Quiconque a lu quelque chose sur Lisbonne avant de partir connaît déjà ce mot. Mais le connaître et l'entendre utiliser en contexte sont deux expériences complètement différentes. La saudade n'est pas simplement la nostalgie : c'est une forme de désir mélancolique pour quelque chose qu'on a perdu, ou qu'on n'a peut-être jamais vraiment eu. Les Portugais l'utilisent avec une aisance désarmante, dans les conversations quotidiennes, dans les chansons de fado, dans les titres des journaux. Quand un Lisbonnais âgé vous dit qu'il a la saudade d'un quartier comme il était il y a trente ans, il utilise un mot qui n'a pas d'équivalent exact en italien — et dans ce vide linguistique se cache un morceau de l'âme de cette ville.
Si vous voulez faire impression sur un Lisbonnais, apprenez à dire fixe (se prononce plus ou moins « fice »). Cela signifie « sympa », « beau », « excellent » — c'est l'adjectif passe-partout de l'approbation colloquiale. Qu'il s'agisse d'un plat de bacalhau particulièrement réussi ou d'une playlist dans un bar de l'Intendente, fixe marche toujours. Tout aussi utile est bacano, qui en portugais européen décrit quelque chose ou quelqu'un d'authentiquement bien, fiable, décontracté. Si quelqu'un vous dit que vous êtes bacanos, vous avez réussi un test social non écrit. Utilisez ces mots avec mesure et avec un sourire, et vous verrez les visages des locaux s'ouvrir comme des fenêtres le matin.
Lisbonne se pense en quartiers — bairros — et en belvédères — miradouros. Ces deux mots ne sont pas seulement des termes touristiques : ils structurent la façon dont les Lisbonnais eux-mêmes décrivent leur ville. Quand un local vous demande « de quel bairro es-tu ? », il ne vous demande pas votre code postal : il essaie de comprendre quel type de Lisbonne vous vivez, quel rythme, quel caractère. Chaque quartier a une personnalité distincte que les Lisbonnais défendent avec affection et une pincée de campanilisme bienveillant. Savoir nommer le quartier dans lequel vous vous trouvez — et le prononcer avec une certaine assurance — vous fera sembler beaucoup moins touriste que vous ne l'êtes.
C'est probablement le mot le plus difficile à prononcer et le plus fascinant à comprendre. Le desenrascanço est la capacité toute portugaise à trouver une solution improvisée dans des situations compliquées, à se « débrouiller » avec créativité et sang-froid. Ce n'est pas de la rouerie : c'est de l'ingéniosité. Les Portugais en parlent comme d'une qualité nationale, avec une certaine fierté ironique. Si vous voyez quelqu'un réparer quelque chose avec des moyens de fortune de manière étonnamment efficace, ou si un barman trouve le moyen de vous servir exactement ce que vous vouliez même si ce n'était pas au menu, vous assistez au desenrascanço en action. La mentionner devant un local déclenche presque toujours un rire de reconnaissance.
Les Lisbonnais sont réservés, pas mal élevés — mais la différence vient des mots justes. Com licença (« avec permission ») s'utilise beaucoup plus souvent qu'on ne le ferait en Italie : pour passer dans la foule, pour attirer l'attention du serveur, pour entrer dans un espace encombré. L'utiliser vous distingue immédiatement de ceux qui se frayent un chemin sans regarder. Et puis il y a le grand classique : obrigado si vous êtes un homme, obrigada si vous êtes une femme. Le portugais change la terminaison selon le genre de celui qui parle, pas celui qui reçoit le remerciement — un détail que les locaux remarquent et apprécient quand il est respecté.
On ne peut pas parler du langage de Lisbonne sans parler du fado, qui est lui-même un vocabulaire émotif. Le fado n'est pas seulement un genre musical : c'est la façon dont la ville a historiquement mis en mots ce qu'elle ne pouvait pas dire autrement. Des termes comme fadista (celui qui chante ou vit le fado), guitarra portuguesa (l'instrument à cordes qui accompagne les voix) et casa de fado (le lieu où l'on écoute) font partie du jargon quotidien de nombreux Lisbonnais, même de ceux qui ne suivent pas particulièrement la tradition. Comprendre que le fado n'est pas un spectacle pour touristes mais une expression culturelle profondément enracinée — et utiliser les bons mots pour en parler — ouvre des conversations qui autrement resteraient fermées.

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